Matthew Bellamy

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Matthew Bellamy est le chanteur, guitariste, pianiste et auteur-compositeur du groupe.

Enfance

Matthew James Bellamy naît le 9 juin 1978 à Cambridge, en Angleterre. Il est le fils de George Bellamy, originaire de Sunderland et ancien guitariste rythmique du groupe pop des années 60 The Tornados. Sa mère, Marilyn Bingham, naît à Belfast et s’installe en Angleterre dans les années 70. Elle y rencontre George, alors chauffeur de Taxi à Londres et qui avait une fille d’un précédent mariage. Le couple déménage ensuite à Cambridge où il a son premier enfant, Paul, suivi de Matthew deux ans plus tard.

A l’âge de 10 ans, “Matt” tel que tout le monde le surnomme déménage avec sa famille à Teignmouth, petite ville de 15 000 habitants située dans le comté du Devon, au sud-ouest de l’Angleterre. Il poursuit alors son éducation en entrant en 1989 au Teignmouth Community College, établissement accueillant environ 1500 élèves.

Matt lorsqu’il était élève au Teignmouth Community College

Matt en 1994, alors élève au Teignmouth Community College

Ses parents divorcent alors qu’il est âgé de 13 ans. Il vit ensuite avec sa mère et son frère, avant d’emménager chez sa grand-mère qui habitait à proximité. Le divorce ainsi que les difficultés financières qui touchent sa famille à cette époque constituent un véritable tournant dans sa vie, comme il le révèle dans une interview en 2013 :
« L’argent et le succès n’ont pas vraiment changé mes croyances ou mes opinions au fil des années. Mes parents se sont séparés lorsque j’avais 13 ou 14 ans, durant la récession du début des années 90. A cette époque, mon père a fait faillite et cela a eu une grande incidence à la maison. J’ai connu une période vraiment difficile, vivant avec un seul parent, ma mère, qui avait beaucoup de mal à trouver du boulot. C’est le genre de choses qui forgent votre vision de la vie. […] En un sens, c’est ce qui m’a amené à vouloir réussir. Je ne veux plus avoir à me retrouver dans cette situation. Jamais. »

Après avoir éprouvé une véritable fascination pour le spiritualisme (durant les quatre années précédant le divorce, il invoque régulièrement les esprits avec ses parents grâce à une planche de Ouija), il s’en détache peu à peu pour se tourner vers la science, s’intéressant au système solaire, aux théories sur l’origine de l’univers et s’interrogeant sur une éventuelle vie extraterrestre. Cette insatiable curiosité et ce désir de se faire sa propre opinion sur tous les sujets constituaient déjà des traits marquants de sa personnalité qui n’allaient que s’intensifier au fil des années.

Bien qu’ayant débuté le piano à l’âge de 5 ans, c’est également à cette époque que Matt se lance véritablement dans la musique : « Jusqu’à l’âge de 14 ans, la musique faisait partie de ma vie étant donné que c’était de famille : mon père était musicien, il avait un groupe, etc. Mais ce n’est que lorsque j’ai emménagé chez mes grands-parents que j’ai commencé à en faire moi-même. C’était comme un besoin. »

À une période où il fait pousser de la marijuana dans le grenier chez sa mère, arrive presque systématiquement en retard à l’école et multiplie les mauvaises fréquentations, la musique lui permet d’exprimer ses problèmes et de se sauver d’un avenir médiocre lui tendant les bras, au milieu des dealers de drogue du bord de mer de Teignmouth : « C’est devenu mon échappatoire. Sans le groupe, j’aurais probablement moi-même plongé dans la drogue. »

Éprouvant un intérêt grandissant pour la musique classique et les œuvres de Chopin, Rachmaninov et Berlioz, il développe même l’ambition de devenir pianiste professionnel. Il donne sa première représentation publique en juin 1991, alors qu’il n’a que 12 ans, lors d’un concours organisé par son école qu’il remporte. Un court extrait de sa performance peut être vu ci dessous :

Peu après, il commence à apprendre la guitare acoustique en autodidacte, jouant notamment des morceaux de Robert Johnson. Il prend ensuite des cours de guitare flamenco avant de passer à la guitare électrique, influencé par des styles et des artistes variés tels Ray Charles, Ry Cooder ou encore Jimi Hendrix.

Muse

Matt commence ensuite à donner quelques concerts, jouant essentiellement du clavier et ne cessant de changer de groupe d’un soir à l’autre. L’une des premières formations dans lesquelles il s’investit plus sérieusement se nomme « Young Blood ».
Vers la fin de l’année 1992, il décide de quitter son groupe du moment, Carnage Mayhem, pour rejoindre le plus populaire de l’école, Gothic Plague, dont le batteur est un certain Dominic Howard.
« C’est comme ça que je me suis vraiment mis à la guitare, conscient que je devais m’améliorer pour être pris dans un bon groupe car celui dont je faisais partie était pourri. Peu après je suis devenu ami avec Dom et lorsque son groupe a eu besoin d’un nouveau guitariste, j’ai saisi l’opportunité. »

Photo du programme d’un concours musical s’étant déroulé à Londres en 1991

Photo du programme d’un concours musical s’étant déroulé à Londres en 1991, postée par Matt sur Twitter en 2012. On peut y voir les noms des trois futurs membres de Muse alors qu’ils jouaient encore dans des groupes différents.

Les deux autres membres quittent ensuite le groupe, ne s’entendant pas avec Matt et Dom. Toujours amis, ces deux derniers continuent à jouer ensemble, enregistrant leurs premières ébauches de compositions dans une salle de répétitions de l’école, Matt acceptant à contrecœur d’assurer le chant. Après un an et demi à répéter et progresser ensemble, ils se mettent à la recherche d’un bassiste capable également d’assurer les chœurs.
Quelques semaines plus tard, ils apprennent que le groupe rival Fixed Penalty se sépare de son batteur. Ce dernier se dit en plus prêt à apprendre la basse. Pas de doute, Christopher Wolstenholme a le profil idéal.
« Évidemment on connaissait Chris, mais à cette époque il jouait de la batterie. Je savais que c’était un mec méticuleux et sérieux, donc on lui a demandé s’il voulait jouer de la basse. Et heureusement il a accepté. »

Muse

Chris, Dom et Matt aux tous débuts de Muse

En février 1994, le groupe ainsi formé participe sous le nom de « Rocket Baby Dolls » au concours « Battle of the Bands » organisé au Broadmeadow Sports Centre de Teignmouth. Ce fut le premier et unique concert donné par le groupe sous ce nom. En plus d’une reprise de « Tourette’s » de Nirvana, tous trois interprètent plusieurs chansons composées spécialement pour l’occasion.
Bien qu’étant incapables de jouer correctement (de l’aveu même de Matt), ils remportent le concours à leur grande surprise, bien plus pour leur performance scénique que pour leurs aptitudes musicales : habillés et maquillés dans un look gothique les faisant ressembler à The Cure, ils enchaînent les riffs punk sur des instruments à peine accordés avant de conclure leur prestation en détruisant le matériel qui ne leur appartenait même pas, aidés par certains de leurs amis présents dans le public.

Désormais conscients de leur potentiel, tous trois mettent rapidement un terme à leur scolarité afin d’entreprendre une carrière dans la musique. Après un dernier changement de nom, Muse était né.

Ayant atteint la fin de l’enseignement général obligatoire, Matt quitte donc le Teignmouth Community College en juin 1994 (en même temps que Dom, Chris ayant une année de moins) avec de très bonnes notes dans l’ensemble, obtenant notamment un A en théâtre. En septembre cette année-là, il s’inscrit au Coombeshead College de Newton Abbot en compagnie de Dom et de leur camarade Tom Kirk (qui deviendra le manager média du groupe). Matt y étudie notamment la musique et les médias.

A l’âge de 18 ans, il déménage à Exeter où il travaille en tant que peintre décorateur avec l’un de ses amis. L’appartement dans lequel tous deux vivent est jonché de seringues et constamment squatté par des junkies, rappelant à Matt le film « Trainspotting ». Ce dernier se rend rapidement compte que son ami est un dealer de drogue, qui ne tarde pas à être arrêté et emprisonné. Matt lui-même commence à prendre une voie dangereuse à cette époque. Un jour, après avoir volé puis revendu une vieille voiture, il trouve devant chez lui le propriétaire du véhicule qui le menace et lui réclame de l’argent. Matt lui cède alors le van dans lequel se déplaçait le groupe à l’époque et décide de mettre définitivement un terme à ce genre d’activités, conscient d’avoir bien trop à y perdre. Après tout, son groupe est alors sur la voie du succès et, même si Matt ne le sait pas encore, sur le point de faire de lui l’une des plus grandes rock stars du 21ème siècle.

Chant et instruments

Voix

Matt est le chanteur principal du groupe. Sa voix de ténor couvre trois octaves et demi (comme le montre cette vidéo), une amplitude d’autant plus impressionnante qu’il n’a jamais pris de cours de chant. Sur la plupart des chansons anciennes du groupe, sa respiration est fortement audible, ce qui peut surprendre au premier abord.
Au fil des années, sa voix s’est enrichie et est devenue plus mature, lui permettant notamment de chanter dans un registre grave avec plus d’aisance. Il produit ses notes les plus graves dans les chansons ‘Execution Commentary’, ‘Follow Me’ ou encore ‘Spiral Static’.

Son utilisation très fréquente du falsetto (technique vocale utilisant le registre le plus aigu en empêchant la contraction normale des cordes vocales) constitue depuis toujours sa signature vocale et lui permet d’atteindre avec aisance des notes très élevées. Les chansons ‘Micro Cuts’, ‘Plug in Baby’, ‘Showbiz’ ou plus récemment ‘Survival’ en sont de bons exemples.

Matt et sa Manson Delorean lors du Pinkpop Festival 2002

Matt et sa Manson Delorean lors du Pinkpop Festival 2002

Guitare

Doté d’un bon niveau technique, Matt est surtout réputé pour l’originalité et l’efficacité de ses compositions à la guitare. Le riff de ‘Plug in Baby’, a par exemple été élu « Meilleur riff du 21ème siècle » par les lecteurs du magazine Total Guitar.
En janvier 2010, ce même magazine le désigne « Guitariste de la décennie » (une transcription de l’article est disponible sur MuseLive).

En ce qui concerne son équipement, il utilise presque exclusivement des guitares créées sur mesure par le luthier Hugh Manson, dont la boutique est située à Exeter. Leur forme particulière est communément appelée « Mattocaster » et provient du désir initial de Matt d’obtenir une guitare ayant « le corps d’une Fender Telecaster et le son d’une Gibson Les Paul ». En plus de leur forme particulière, ces instruments sont relativement complexes d’un point de vue technique, disposant de nombreux effets intégrés dont le fameux Kaoss Pad, utilisé en live sur la chanson ‘Supermassive Black Hole’ par exemple.

La première collaboration entre les deux hommes aboutit sur la désormais mythique « Delorean », utilisée en concerts de manière très intensive entre 2001 et 2005, en particulier durant la tournée Origin of Symmetry.

Au total, 28 modèles aux designs et composants variés ont été produits entre 2001 et 2013 (la liste complète est disponible ici), dont certains à plusieurs exemplaires : la « Matt Black » par exemple, dont la fonction principale semble être de servir de défouloir à Matt en concert, en est au minimum à son 8ème exemplaire, tous les précédents ayant été détruits.
Des répliques officielles des guitares les plus caractéristiques de Matt (la Delorean, la Black Midi et la Glitterati) ont été successivement mises en vente par Hugh Manson auprès du grand public pour un prix de base d’environ 4 000€ et ont toutes trouvé preneur.

Matt est également réputé pour utiliser de très nombreux effets, sa configuration en concert étant particulièrement complexe (détaillée en partie par son technicien dans cette vidéo). Ses pédales les plus notables sont la Z.Vex Fuzz Factory, qui permet notamment de créer le son « criard » de l’intro de début de ‘Plug in Baby’, ou encore la célèbre DigiTech Whammy, responsable par exemple des variations de hauteur sur les solos de ‘New Born’ ou ‘Sunburn’ .

Piano

Matt jouant sur l'un de ses MP-8 en concert, avril 2008

Matt jouant sur l’un de ses MP-8 au Royal Albert Hall, avril 2008

Sur la tournée Absolution, Matt utilisait un synthétiseur Kawai MP9500 monté sur un podium en métal surnommé « The Dalek », équipé de LED synchronisées avec les touches du clavier et les visuels de la scène.

Depuis la tournée Black Holes and Revelations, il joue sur un Kawai MP-8 monté dans des corps de piano droit ou à queue fabriqués sur mesure par la marque Vale Pianos. Ce ne sont donc pas de véritables pianos malgré leur apparence, ce qui offre à Matt de plus larges possibilités en termes de sonorité et de customisation.

Influences

Parmi les nombreux artistes qui ont influencé Matt dans sa jeunesse et contribué à forger son identité musicale, on peut tout d’abord citer Jeff Buckley, à qui il a d’ailleurs souvent été comparé vocalement. C’est en regardant jouer l’artiste américain lors du festival de Reading en 1994 que Matt prend confiance en sa propre voix, lui qui était jusque-là complexé par son timbre aigu.

A ce titre, il a également souvent été comparé à Thom Yorke, du groupe Radiohead que Matt apprécie beaucoup. La supposée ressemblance des deux premiers albums de Muse avec le style de Radiohead a d’ailleurs souvent été soulignée, certains critiques allant même jusqu’à parler de « plagiat », ce qui a longtemps agacé Matt.

Kurt Cobain, le leader de Nirvana, fut également une grande source d’inspiration pour lui, en particulier lorsqu’il était adolescent. Cette influence se ressent particulièrement dans les plus vieilles compositions du groupe, comme celles figurant sur leur tout premier enregistrement This is a Muse Demo. Encore aujourd’hui, Muse joue régulièrement en concert des riffs tirés de chansons de Nirvana. En 2014 lors du festival de Lollapalooza, Muse interprète ‘Lithium’, Matt dédiant la chanson à Kurt Cobain vingt ans jour pour jour après la mort du chanteur.

Ses goûts musicaux éclectiques l’ont même amené à s’intéresser au métal. Le groupe culte de métal-rap Rage Against The Machine est l’un des préférés de Matt, dont il joue souvent des riffs en concert (‘Township Rebellion’, ‘Maggie’s Farm’, ‘Freedom’…). Le riff d’intro de ‘Stockholm Syndrome’ est inspiré du groupe arméno-américain System Of A Down. Fan de longue date des Deftones, Matt joue aussi régulièrement en concert le riff surpuissant de leur chanson ‘Headup’.

Lorsqu’il fut demandé à Matt dans une interview pour Uncut Magazine quelle chanson il aurait souhaité avoir écrite, il cita « Blue Valentine » de Tom Waits, auteur-compositeur américain qu’il admire pour les émotions qu’il fait passer dans sa musique et la profondeur de ses paroles. Sa chanson « What’s He Building? » était utilisée en introduction des concerts de Muse lors de la tournée Origin of Symmetry, comme on peut l’entendre sur l’enregistrement live Hullabaloo.

Le fort attrait de Matt pour la musique classique depuis son enfance et son désir de fusionner les émotions qu’elle suscite en lui avec le rock se ressentent dans nombre de ses compositions, en particulier celles au piano. Les arpèges et les accords dramatiques de ‘Space Dementia’, ‘Piano Thing’ ou encore de l’interlude au piano de ‘Butterflies & Hurricanes’ évoquent ainsi fortement le compositeur russe Sergueï Rachmaninov, tandis que l’envolée épique de ‘Hoodoo’ s’inspire fortement du début du premier Concerto pour piano de Piotr Tchaïkovski. Le morceau ‘Collateral Damage’ sur l’album The Resistance est quant à lui une interprétation légèrement modifiée du Nocturne opus 9 nº 2 en mi bémol majeur de Chopin. Liszt, Berlioz et Debussy figurent également parmi les compositeurs que Matt admire le plus.

Paroles et thèmes d’inspiration

Matt est l’auteur des paroles de pratiquement toutes les chansons du groupe. Relativement simples dans leur forme, ses textes n’en sont pas moins riches pour la plupart, pouvant être interprétés de multiples façons. Ils abordent des thèmes très divers dont la présence et l’angle d’approche varient en fonction des albums, la politique, l’espace, la technologie, la religion ou encore l’amour étant particulièrement récurrents.

Thèmes personnels

Le premier album présente avant tout une dimension personnelle voire intime par moments, de par son style d’écriture et les thèmes qu’il aborde. Plutôt qu’au monde du show-business, son titre « Showbiz » fait avant tout référence à la vie de tous les jours et à la personnalité artificielle que chaque individu crée afin de se cacher des autres.
Matt semble évoquer le divorce de ses parents dans la chanson ‘Escape’, s’adressant directement à son père et le suppliant de rester avec sa mère : « Why can’t you just love her? ». La phrase « But I’ll still take all the blame » pourrait faire référence au sentiment de culpabilité qu’éprouvent généralement les enfants lorsque leurs parents se séparent.
La ville de Teignmouth, dans laquelle s’est formé le groupe, est au cœur de la chanson ‘Falling Down’. Matt y mentionne directement ses habitants (« fifteen thousand people scream ») qui ne lui ont jamais laissé sa chance (« You would never hear me sing »). On retrouve une référence similaire dans Muscle Museum, où la ville continue de s’opposer au groupe (« I have played in every toilet / But you still want to spoil it / To prove I’ve made a big mistake »)
Matt expose toute sa vulnérabilité dans la chanson ‘Unintended’, écrite en studio suite à une conversation téléphonique avec sa petite amie de l’époque. Tant la chanson que les sentiments que Matt éprouvait alors pour la jeune fille étaient imprévus, d’où le titre « Unintended » (« non intentionnel », « fortuit » en français).

Espace et technologie

Artwork de Plug in baby

Les enregistrements suivants du groupe voient l’apparition de thèmes plus sombres et abstraits, influencés par les lectures de Matt et les conséquences des longues tournées à la fois sur sa personnalité et certaines de ses relations.
Le nom de l’album « Origin of Symmetry » est inspiré du livre Hyperspace écrit en 1994 par le physicien théoricien Michio Kaku, comme l’explique Matt : « Le nom de l’album vient d’un livre sur la géométrie de l’univers et la façon dont tout est bien équilibré, quelque chose de parfait en dix dimensions. Il explique toutes les forces mystérieuses autour desquelles les religions ont été inventées. Il y a un certain degré de stabilité dans l’univers et trouver d’où cela provient reviendrait à découvrir si Dieu existe. »
Avec cet album, Matt adopte également un style d’écriture plus direct, couchant sur le papier toutes les phrases lui passant par la tête sans se préoccuper dans un premier temps de la signification qu’elles pourraient bien avoir. Cette confusion explique la multiplicité des interprétations possibles de certaines chansons, en particulier ‘Plug in Baby’ sur laquelle Matt lui-même n’a jamais fourni d’explication claire.

Théories du complot

Le 11 septembre 2001 et tous les mystères entourant cet événement tirent Matt de ses réflexions spatiales et réveillent en lui sa passion beaucoup plus concrète pour les théories du complot, lui qui depuis son plus jeune âge a le réflexe de remettre systématiquement en question les informations transmises par les médias.

Persuadé d’assister là à un complot interne, il affirme longtemps que les preuves sont accablantes à l’encontre du gouvernement américain avant d’adopter une position plus modérée quelques années plus tard. En découlent les chansons ‘In Your World’ et surtout ‘Dead Star’, dont les paroles dénoncent ouvertement l’hypocrisie des États-Unis dans leur promptitude à repousser la faute sur d’autres pays alors qu’eux-mêmes avaient leur part de responsabilité : « Shame on you for thinking you’re an exception / We’re all to blame / Crashing down to Earth / Wasting and burning out / Fading like a dead star / Harm is coming your way ».
‘Exo-Politics’ du quatrième album Black Holes and Revelations permet également à Matt de laisser libre cours à ses théories conspirationnistes, inspiré notamment par ses lectures sur HAARP, une installation militaire de recherche spatiale située en Alsaka et suscitant de nombreux débats parmi les adeptes des théories du complot (Muse a d’ailleurs intitulé « HAARP » son troisième album live enregistré à Wembley en 2007). Matt décrit la chanson comme étant « à propos de la possibilité d’une invasion extraterrestre orchestrée par le Nouvel Ordre Mondial. Les États-Unis arrivent à court de prétextes pour augmenter leur budget militaire […] alors si vous voyez dans les médias la moindre référence à l’éventualité d’une présence extraterrestre ou de l’envoi d’armes dans l’espace, vous devez vous demander si c’est bien réel ou s’ils inventent ça pour produire plus d’armes. Dans les deux cas ça fout vraiment les jetons. »

Le titre et la signification de la chanson ‘Ruled by Secrecy’ proviennent du livre Rule by Secrecy de Jim Marrs, qui traite des théories conspirationnistes sur l’existence de sociétés secrètes tirant les ficelles du monde, en particulier les fameux Illuminati qui semblent fasciner Matt.

Grandes problématiques

Butterflies & hurricanesLes paroles des chansons du troisième album studio Absolution dégagent une plus grande cohérence que celles de l’opus précédent, ce qui rend leur interprétation moins aléatoire, et abordent des thèmes plus concrets. Matt souhaitait créer un album capable d’avoir un réel impact et de représenter sa méfiance vis-à-vis des gouvernements, les protestations qui secouaient Londres à ce moment-là, le sentiment d’impuissance ressenti par la population ainsi que la peur de la fin du monde. L’album s’ouvre ainsi sur les paroles « Declare this an emergency » de la chanson ‘Apocalypse Please’ qui culmine avec le refrain dramatique « This is the end of the world ».

Toutes ces grandes problématiques sont cependant reliées à des thèmes plus personnels, une caractéristique récurrente dans les textes de Matt. ‘Blackout’ exprime ainsi la brièveté de la vie et est écrite du point de vue d’une personne sur le point de mourir. Certains morceaux tels ‘Butterflies & Hurricanes’ évoquent l’espoir et la recherche de la joie pour traverser ces périodes sombres qui nous attendent.

Religion

La chanson ‘Thoughts of a Dying Atheist’ du même album semble faire écho aux croyances de Matt lui-même en matière de religion, qui semblent se rapprocher de l’athéisme voire de l’agnosticisme ou du déisme.
Elle décrit ainsi, comme son nom l’indique, les pensées d’un athée agonisant ne croyant à aucune forme de vie après la mort. Dans ses derniers instants, il se retrouve effrayé à l’idée démoralisante de devoir faire face à cette non-existence, comme le répète le refrain : « It scares the hell out of me / And the end is all I can see ». La chanson revêt également un aspect surnaturel lorsque Matt chante, comme une réminiscence des expériences spirituelles de son enfance, « I know you’re in this room, I’m sure I heard you sigh / Floating in between where our worlds collide » (« Je sais que tu es dans cette pièce, je suis sûr de t’avoir entendu(e) soupirer / Flottant là où nos mondes se heurtent »).

La chanson ‘Fury’ est bien plus difficile à interpréter. Comme ‘Crying Shame’, elle pourrait être une remise en question de la capacité de la religion à produire des changements. De manière ironique, l’absence de Dieu y est demandée par la prière : « And we’ll pray that there’s no God ».
On peut enfin citer ‘Megalomania’ qui conclut Origin of Symmetry et traduit une prise de position plus radicale à l’encontre de la religion. Matt y questionne un hypothétique Dieu sur la finalité de l’existence humaine : « What were we built for? / Will someone tell me please ». Les paroles dépeignent également le pessimisme et la frustration que Matt ressentait à l’époque suite à la fin d’une longue relation amoureuse.

Politique

La politique et la corruption des élites sont également des thèmes abordés dans un certain nombre de chansons, les textes de Matt devenant de plus en plus virulents et sans équivoque au fil des albums.
Dans ‘Assassin’, le révolutionnaire qui se cache en lui exhorte les citoyens à s’unir et éliminer leurs dirigeants : « The time has come for you / To shoot your leaders down / And join forces underground ».
Dans la chanson ‘Animals’ du sixième album The 2nd Law, Matt critique l’avidité des banquiers (et, par extension, des entreprises et acteurs du capitalisme sauvage), les présentant comme des animaux et s’adressant à eux tout au long de la chanson pour finalement leur demander de se suicider : « Kill yourself / Come on and do us all a favour ».
Le morceau ‘Take a Bow’ pointe quant à lui du doigt les politiciens corrompus et les dirigeants qui mentent à leur population, abusant de leur pouvoir et prenant des décisions dont ils n’auront jamais à subir les conséquences. Annonçant les hostilités dès la première ligne (« Corrupt »), les paroles de la chanson se durcissent à mesure que la musique monte en puissance, jusqu’à l’explosion finale qui voit Matt jurer vengeance en criant « You’ll burn in hell for your sins » (« Vous brûlerez en enfer pour vos péchés »).
‘Uprising’ (« soulèvement », « révolte » en français) prend la forme d’une protestation contre la situation faisant suite à la crise bancaire de 2008. Dans une interview, Matt a déclaré : « Je ne suis pas contre les actions révolutionnaires et je n’aurais pas honte d’avoir été à l’origine d’une petite émeute, si c’est pour une bonne cause. »

Amour

StarlightDans un registre bien moins sombre, l’amour est évidemment au centre de certains des textes de Matt, étant traité de manière subtile et souvent combiné à d’autres thèmes.
‘Starlight’ en est un parfait exemple. Ses paroles évoquent le manque ressenti en étant loin de chez soi et des êtres nous étant chers, mais sont racontées du point de vue d’un astronaute projeté dans l’espace probablement pour le restant de sa vie.
Présente sur le même album mais plus terre à terre, ‘Hoodoo’ évoque la fin des relations et le fait de finir par être oublié par une autre personne en dépit de l’importance que l’on a pu avoir dans sa vie. En 2009, les paroles de cette chanson ont été désignées « Meilleures paroles de la décennie » par les lecteurs de Q Magazine.
La chanson ‘Resistance’ présente sur le cinquième album The Resistance est quant à elle une relecture de la relation entre Winston et Julia, les deux personnages principaux de 1984, le célèbre roman de George Orwell ayant fortement inspiré Matt dans son écriture de l’album. Fidèle à son style fait de créations de liens entre des thèmes variés, il précise : « La chanson parle aussi de tout amour surmontant des barrières comme la religion ou les convictions politiques, et la reconnaissance ultérieure du fait que de telles croyances sont insignifiantes et provoquent des divisions. »

De manière générale, l’album The Resistance se détache des théories conspirationnistes afin d’adopter une vision socio-politique plus réaliste. La chanson ‘United States of Eurasia’ tire ainsi son nom de l’ouvrage Le Grand Échiquier du politologue Zbigniew Brzeziński qui appelle à l’unité des peuples en exprimant la croyance selon laquelle l’humanité connaîtra des guerres tant que tout concept de « pays » ne sera pas détruit.
Si ‘Map of the Problematique’ apparaît au premier abord comme une simple chanson d’amour, elle porte avant tout un message d’optimisme nous incitant à affronter les problèmes du monde et à échapper au désespoir. Son titre fait référence au rapport Halte à la croissance ? commandé en 1970 par le Club de Rome (un groupe de réflexion international) et soulignant les problèmes susceptibles de survenir dans le futur en conséquence de la croissance économique et démographique.

Futur

Ces préoccupations sont au cœur du sixième album, The 2nd Law, essentiellement centré sur la crise financière et l’épuisement des ressources de la planète, comme l’explique Matt : « Je n’adhère ni ne crois totalement au paradigme qui nous est constamment présenté et qui obsède les actualités financières, à savoir la croissance. Suis-je le seul à reconnaître que cette planète est petite et isolée dans un gigantesque univers ? Pour la première fois dans notre évolution en tant qu’espèce nous nous heurtons à un plafond énergétique. »

Matt appuie ces considérations par des principes scientifiques, le titre de l’album faisant référence à la deuxième loi de la thermodynamique qui introduit la notion d’entropie, à savoir la mesure du désordre d’un système isolé au niveau microscopique (d’où le titre de la chanson ‘Isolated System’).
Selon cette loi, en l’absence d’échanges d’énergie avec l’extérieur, l’entropie d’un système et par conséquent sa part d’énergie inutilisable ne peut qu’augmenter. Ainsi la Terre, vue comme un système isolé du fait de ses échanges d’énergie négligeables avec le reste de l’univers, voit sa quantité totale d’énergie utilisable (et donc ses ressources) diminuer constamment, et ce de manière irréversible. En découlent les paroles et le titre de la chanson : « An economy based on endless growth is… Unsustainable » (« Une économie s’appuyant sur une croissance infinie n’est pas viable »).
exogenesis

L’album présente ainsi une cohérence globale, abordant ces problématiques sous plusieurs angles en fonction des chansons, comme l’explique Matt : « ‘Survival’ est presque une célébration de notre folie et de notre côté irrationnel qui nous pousse à vouloir grandir, nous battre et survivre contre toute attente. Tandis qu’il y a d’autres chansons sur l’album comme ‘Explorers’ ou même ‘Supremacy’ qui sont presque l’inverse, être sur le point d’abandonner et admettre que c’est une cause perdue. Ces deux points de vue extrêmes sont présents sur l’album, se battant l’un contre l’autre. »
Cette notion de fatalité se retrouve également sur le cinquième album au cœur de ‘Exogenesis: Symphony’, fresque épique de 13 minutes basée sur la théorie de la panspermie et décrivant en trois parties un avenir dans lequel l’humanité place ses espoirs de survie dans un groupe d’astronautes partis explorer l’espace.

Vie privée

Matt vit sa première longue relation avec une fille rencontrée à Teignmouth lorsqu’il avait 15 ans. En 2001, il entame une relation avec l’Italienne Gaia Polloni, alors étudiante en psychologie, qu’il rencontre à Milan lors d’une tournée. Afin de se rapprocher d’elle, il achète vers 2006 une propriété dans le village de Moltrasio, au bord du Lac de Côme. Il y fait ensuite construire son propre studio dans lequel sera écrite et enregistrée une grande partie de l’album The Resistance.
Le couple se fiance en 2007 avant de se séparer en 2009, Matt quittant alors l’Italie. Durant la tournée The Resistance, Matt modifie légèrement les paroles de la chanson ‘Map of the Problematique’, chantant « Since I lost you » à la place de « Since I met you », probablement en conséquence de cette rupture. La chanson ‘Neutron Star Collision (Love Is Forever)’ en est également inspirée.

Matt et l’actrice américaine Kate Hudson entament une relation au printemps 2010. Ils se fiancent en avril 2011 et donnent naissance à Bingham Hawn « Bing » Bellamy trois mois plus tard, Matt devenant père pour la première fois. Au début de la chanson ‘Follow Me’, décrite par Matt comme étant une « ode à la paternité », on peut entendre les battements de cœur de son fils enregistrés avec son iPhone. Matt confirmera via un tweet leur séparation en décembre 2014.

Anecdotes

– La première chanson que Matt a composée s’intitulait ‘Small Minded‘. Elle fut jouée lors du « Battle of the Bands » de février 1994 et parlait du comportement de certaines personnes à Teignmouth que le groupe n’approuvait pas.
– Le groupe du père de Matt, The Tornados, fut le premier groupe britannique à avoir été classé numéro 1 des charts américains, grâce au single Telstar sorti en 1962. L’intro de la chanson ‘Knights of Cydonia’ de Muse, avec ses sonorités planantes à la guitare, rend hommage à ce single.
– Matt et son père ont tous deux été photographiés avec leur groupe respectif devant l’Olympia à Paris, à près de 50 ans d’intervalle.
– Le producteur Dennis Smith, qui a joué un grand rôle dans la carrière de Muse, avait déjà entendu parler de Matt lorsque ce dernier le contacta en 1995. Quatre ans plus tôt, la formidable prestation du jeune garçon lors d’un concours de piano au Teignmouth Community College était en effet remontée jusqu’à lui.
– Dans une interview donnée en Belgique à l’époque de la sortie de Showbiz, Matt déclare à propos de la carrière du groupe : « Cela pourrait durer un an, ou bien dix… Je finirai probablement peintre décorateur dans une dizaine d’années. »
– Il compose toujours la musique d’une chanson avant d’en écrire les paroles, les deux seules exceptions étant ‘Unintended’ et ‘Falling Down’.
– Matt est réputé auprès des fans pour avoir affiché des coupes de cheveux et des tenues excentriques au fil de sa carrière, comme le résume avec humour cette illustration.
– Sur la version studio de ‘Muscle Museum’, le solo à la fin du deuxième refrain est chanté par Matt, et non joué à la guitare.
– ‘Megalomania’ a été enregistrée sur un véritable orgue dans l’église St Mary à Bath. Le pasteur de l’église insista pour lire les paroles de la chanson. Ne les ayant pas encore écrites, Matt griffonna quelques phrases agréables et positives et fut finalement autorisé à jouer. C’est certainement en partie pour avoir ainsi menti à un homme d’église que Matt décrivit plus tard l’enregistrement de ‘Megalomania’ comme l’une des périodes les plus sombres de sa vie.
– Les membres du groupe avaient à une époque pour habitude de donner de faux noms lorsqu’ils s’enregistraient dans les hôtels, Matt choisissant souvent celui d’Hector Berlioz.
– La première voiture qu’il s’est offert est une Lotus Elise noire, aux alentours de 2002.
– Le 9 avril 2004 à Atlanta, il se blesse à la lèvre avec sa guitare durant ‘Citizen Erased’. Incapable de poursuivre, il est transporté à l’hôpital et le concert est arrêté après à peine cinq chansons.
– Les origines de l’intérêt de Matt pour les théories du complot et de sa défiance vis-à-vis des médias remontent à son enfance. Lorsqu’il avait quatre ans, son oncle fut tué par l’Armée républicaine irlandaise. Devant les circonstances obscures entourant ce décès il se mit à douter de la version officielle, n’étant alors âgé que de dix ans.
– Lors de la performance du groupe à Reading en 2006, il portrait un t-shirt sur lequel on pouvait lire « Google Video: Terror Storm », en référence à un documentaire controversé sur le 11 septembre avançant l’hypothèse d’un coup monté de l’intérieur.
– Il a un jour lu un livre intitulé Dare To Prepare afin de survivre en cas de catastrophe en apprenant à stocker de la nourriture et à purifier l’eau.
– Il a remporté le prix d’ « Homme le plus sexy » lors des NME Awards de 2007, 2009, 2010, 2011, 2013 et 2014. Lorsqu’il est interrogé sur le sujet, il s’en amuse et se déclare lui-même « trop petit pour être sexy » (il mesure 1m70), estimant que ce prix devrait plutôt revenir à Dom.
– Il est titulaire d’un doctorat honorifique en art, décerné par l’Université de Plymouth en septembre 2008 aux trois membres du groupe pour leur contribution dans le domaine de la musique.
– Il apparaît dans l’édition 2010 du Livre Guinness des records pour le record du monde du nombre de guitares cassées sur une tournée (140 lors du Absolution Tour).
– Connu pour ses mouvements excentriques en concert, Matt a exécuté à diverses reprises une sorte de danse surnommée « The Shuffle Dance » par les fans et consistant à avancer en traînant ses pieds de manière à donner l’impression de glisser sur scène. On peut notamment en voir une démonstration avant le dernier refrain de ‘Time is Running Out’ sur le DVD du live à Glastonbury 2004.
– Matt apparaît comme personnage jouable dans le jeu vidéo Guitar Hero 5.
– Son frère et sa mère possèdent tous deux un compte Twitter, respectivement @paul_bellamy et @mbingbell
– Il a co-écrit la musique du générique de fin du film The International sorti en 2009.

Principales sources

– Mark Beaumont. (2008). Out of this World – The Story of MUSE. Omnibus Press

– http://www.musewiki.org

– http://en.wikipedia.org/wiki/Matthew_Bellamy

Toutes les citations présentes dans cet article sont des extraits d’interviews tirés des sources ci-dessus. Elles ont été traduites de l’anglais par le rédacteur de cet article, Raphaël C.